Sarcelle d'hiver (Anas crecca)

Présentation

 

Anas crecca est le plus petit canard européen : son poids d'adulte varie en effet de 250 à plus de 400 grammes. Sa taille, 35 cm de longueur avec une envergure de 53 à 59 cm. La présence d'un miroir vert (côté interne) et noir (côté externe) sur l'aile, encadré par des bandes blanches (devenant jaunâtres vers l'intérieur), est un trait caractéristique de cette espèce. Le ventre est blanc. Le dessous de l’aile présente un centre clair, bien visible en vol. Le bec, au bout arrondi, est assez étroit. Les pattes grisâtres sont palmées et adaptées à la vie aquatique. L’iris de l’œil, de couleur marron, a un diamètre de 8 millimètres.

 

La Sarcelle d’hiver est assez silencieuse mais les mâles produisent des petits « crrit » aigus mais discrets que les chasseurs apprennent à reproduire. Lors de la saison de nidification, les mâles ont tendance à devenir nettement plus bruyants : les sifflements sonores font en effet partie de leur parade nuptiale. On dit que la sarcelle truffle. Les femelles émettent aussi un rugueux « cuac » d'alarme, ou de rapides et aigus « kekeke ».

 

 

Locomotion et comportement social

 

Les Sarcelles d'hiver ne plongent pas entièrement pour se nourrir, mais elles peuvent le faire pour se protéger d'un prédateur. Maladroites sur terre, elles ont un vol agile et rapide, mené avec beaucoup d'énergie. Elles sont capables de décoller très rapidement, et d'effectuer de brusques changements de direction et des pirouettes. Toutes ces prestations sont possibles grâce à une musculature puissante, et elles permettent à ces oiseaux d'échapper aux prédateurs aériens. C'est aussi le seul canard capable de se gratter en vol. La petite taille de cet oiseau, la rapidité et l'agilité du vol, ainsi que la façon de piquer vers le sol pour atterrir, font que le vol de la Sarcelle d'hiver ressemble à celui d'un limicole (animal qui mange de petits animaux dans la vase).

 

La Sarcelle d'hiver a tendance à se réunir et à voler en petits groupes. Lors de la migration, cet oiseau vole en nuée pouvant aller jusqu'à un millier d'oiseaux ; il existe une grande coordination entre les membres de la nuée.

 

 

Alimentation

 

Les Sarcelles d'hiver consomment des graines de plantes de zones humides ou de prés salés (prés recouverts par la mer lors des marées hautes déposant ainsi sur l’herbe du sel d’où l’expression prés salés), des algues ou herbes aquatiques, mais aussi de petits invertébrés aquatiques (crustacés et mollusques) et des larves d’insectes, voire des œufs de poisson. Ces sarcelles ont besoin, en moyenne, d'environ 25 grammes (poids sec) de nourriture par jour.

 

Elles trouvent leur nourriture sur les zones humides (marais, étang, lac, etc…). Elles filtrent l'eau ou la vase grâce à leur bec, garni de lamelles permettant de retenir les petits organismes et graines dont elles se nourrissent, ou arrachent les herbes tendres. Le bec est capable de filtrer des particules d'une taille inférieure à 0,5 mm, même si les proies de quelques millimètres sont préférées. En période hivernale, les sarcelles d'hiver se rassemblent le jour sur les plans d'eau et se dispersent la nuit pour se nourrir, parcourant alors jusqu'à trente kilomètres. Bien que se nourrissant plutôt la nuit ou au crépuscule, la Sarcelle d'hiver observe, dans les zones où les effets des marées se font sentir un rythme de vie particulier : elle se reposera à marée haute et se nourrira à marée basse.

 

Sarcelle d'hiver cherchant de la nourriture

  

Reproduction

 

La parade nuptiale, spectaculaire, est assez semblable à celle du colvert (autre espèce de canard). Le mâle plonge le bout du bec sous l'eau, puis siffle, se cambre, rejette la tête en arrière, élève les ailes et soulève sa queue. Cette parade peut débuter dès novembre ou au cours de l'hiver ; elle dure plusieurs jours et peut mettre en concurrence plusieurs mâles pour une femelle. Elle se déroule sur l'eau, où les mâles effectuent des séries de plongeons. Si le mâle s'approche trop, la femelle non consentante peut le poursuivre hostilement. La femelle finit par choisir un mâle et l'accouplement suit immédiatement. Le couple sera monogame sur l'année, mais les mâles appariés pourront tenter de s'accoupler avec d'autres femelles, souvent de force, alors que les mâles célibataires ne présenteront pas ce genre de comportement. La femelle et le mâle choisi partiront au printemps vers le site de nidification où la femelle avait pondu l'année précédente, et qui est généralement le lieu de naissance de cette dernière.

 

La saison de ponte se déroule de Mai à Juillet. Les populations les plus importantes se trouvent essentiellement en Russie, en Scandinavie et au Canada. La femelle construit un nid bien dissimulé dans une végétation dense, souvent sous des fougères parmi d'épaisses formations de roseaux, parfois assez loin de l'eau. Le nid est garni de duvet que la femelle s'arrache de la poitrine, de feuilles, d'herbes, de brindilles et de fougères. La femelle y pond de 8 à 11 œufs de 41 à 50 × 30 à 35,5 mm, crème ou gris, teintés de vert ou de roussâtre, qui sont couvés par elle durant 21 à 23 jours. La femelle passera les 34 de son temps à cette activité et si elle est dérangée, elle ne quittera le nid qu'au dernier moment. Le mâle l'abandonne pour muer au plus tard dès que naissent les canetons, mais son départ peut survenir dès la ponte. Les sarcelles ne font en général qu’une seule ponte par an, mais en cas de disparition totale, une ponte de remplacement peut se produire. Les oisillons, qui pèsent 15 g à la naissance, sont nidifuges (quittent le nid le plus tôt possible) mais sont plus sensibles au froid que les petits des autres canards. La femelle sait également les protéger des prédateurs en attirant leur attention sur elle.Les canetons commencent à voler après 25 à 30 jours. Ils atteindront la maturité sexuelle vers 180 jours. La longévité de ces sarcelles est de 10 à 15 ans en moyenne, mais peut atteindre 27 ans. L'espérance de vie d'une Sarcelle d'hiver en Camargue, calculée à partir des populations bagués est de 1,4 ans.

 

 

Migration

 

Lorsque les mâles adultes abandonnent les femelles en pleine incubation, tous migrent vers des zones de mue où ils se rassemblent pour changer de plumage. Ils deviennent alors momentanément incapables de voler. Les zones de mue peuvent se situer à proximité des sites de nidification ou à une centaine de kilomètres.

 

Ces oiseaux sont essentiellement migrateurs, mais certaines populations sont résidentes (restent sur place tout l’année comme en France). La migration d'automne (vers le Maroc notamment) s'étale entre fin août et début décembre. Les femelles migrent généralement plus au sud que les mâles. La migration de printemps (vers la Finlande notamment) débute généralement en février et dure jusqu'en avril. Lors des migrations, ces oiseaux peuvent former des grands groupes réunissant plusieurs centaines d'individus ; la migration est généralement nocturne.

 

Carte mondiale de migration d'Anas crecca

 

 

La Sarcelle d’hiver et l’Homme

 

La perte d’habitat : la régression, par l'action de l'homme, des zones humides depuis cinquante ans a provoqué localement de fortes diminutions des effectifs de Sarcelles d’hiver (comme par exemple, après le drainage de 50% des zones humides du Marais Poitevin).

 

La chasse : La technique la plus fréquemment utilisée pour chasser cet oiseau est la chasse à la botte, ou alors au poste fixe (que ce soit à la hutte, au gabion ou à la tonne). On estimait en 2004 que 331 000 sarcelles d'hiver étaient annuellement abattues en France, ce qui en fait la quinzième espèce la plus chassée de France. En 1989, approximativement 200 000 spécimens ont été abattus au Canada, c'est la seconde espèce de canard la plus chassée en Amérique du nord après le colvert. Malgré l'intensité de cette chasse, les populations semblent rester stables en France et en Amérique du nord.

 

Le saturnisme : maladie liée chez les oiseaux à l’ingestion de billes de plomb (billes des cartouches de fusil des chasseurs) ; 4,7 % des sarcelles baguées en Camargue entre les années 1950 et 1970 étaient porteuses de plomb dans le gésier. Une analyse plus récente montre que 13 % des sarcelles d’hiver tuées à la chasse en Camargue portent au moins un plomb dans le gésier.

 

 

Protection

 

Depuis les années 1990, la population de Finlande de Sarcelles d'hiver est en déclin. On ne connaît pas le statut actuel des populations russes Cependant, du fait de sa large répartition et de la relative stabilité de ses effectifs, on considère cette espèce comme « sécurisée ».

 

Cette espèce fait partie de la liste des oiseaux protégés par le Migratory Bird Treaty Act (Organisme de protection des animaux migrateurs). De même, certaines populations de cette espèce sont concernées par l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie.

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